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    29 januari

    « La technique n'est pas un obstacle à l'inspiration... » Boris Vian

    Et une petite de Vian, ça ne peut pas faire de mal: Boris Vian, sorte de Pic de la Mirandole du XXème (le siècle, pas l'arrondissement). Pour ceux qui ignoreraient tout de la vie de Pic de la Mirandole, il s'agit d'un autre olibrius qui se proposait de disputer (on dirait aujourd'hui débattre) "de omni re scibili" (de toute chose qu'il est possible de savoir), "et quibusquam aliis" (et quelques autres) ajouta Voltaire, rien taquin sur le coup. Pour les autres, ce sont quelques instants perdus à lire ce qu'ils savaient déjà, mais finalement cela importe peu. La preuve, c'est que si cela me préoccupait vraiment, je n'aurais pas fait en sorte que vous soyez contraints de relire ce paragraphe pour être sur d'avoir tout compris. Ou alors c'est que j'estime la perte de temps faible au regard de la joie de faire un gag pas encore tout à fait éculé. Mais je constate que ce paragraphe d'introduction est tout à fait monopolisé par mon cabotinage stylistique mais peu stylé (Pour les plus vieux que moi, stylé est un jeunisme, qui suivra probablement la carrière de ses prédécesseur cool, fashion, top, délire ou bath, si ça n'est pas déjà fait), tant pis, j'abandonne le paragraphe gangreneux pour tenter de sauver le reste du texte et, ne reculant devant aucune audace, je terminerais mon introduction dans le deuxième paragraphe. Cascade!

    Vian, parmi ses multiples carrières, a été chroniqueur dans une revue nommée Jazz Hot. Et comme c'est un grand penseur, il sait accéder à l'universel en parlant du particulier, la preuve: "La technique n'est pas un obstacle à l’inspiration... et un vocabulaire de 22 000 mots (m'a-t-on dit) n'a jamais gêné Shakespeare pour s'exprimer... ceux qui sont gênés sont les pauvres traducteurs avec leur bagage minable de 3 000 ou 4 000 mots."

    Je crois qu'il est important de reprendre conscience de ce genre de choses dans un monde où j'ai l'impression qu'on méprise de plus en plus le savoir et le savoir-faire. De plus en plus de gens, derrière leur comptoir de café du commerce, affirment de façon péremptoire et « décomplexée » (expression à la mode qui a suivra bientôt, je l’espère, la carrière de « droit dans ses bottes », carbonisée par Alain Juppé) qu’ils sont aussi capables que n’importe qui de faire n’importe quoi, et même mieux que les experts, puisque c’est bien connu : « Ils ne connaissent rien à la vrai vie ». Cette remarque vaut, en général, aussi bien pour un ingénieur des ponts et chaussées qui trace une route, que pour un député qui vote une loi ou un docteur qui aurait le mauvais goût de ne pas diagnostiquer la maladie que son patient voudrait avoir.

    Avec Vian j’affirme « la technique n’est pas un obstacle à l’inspiration » et qu’être expert d’un domaine donné n’est sûrement pas une raison intrinsèque de moins connaître « la vraie vie » que moi ou que n’importe lequel des bipèdes qui peuplent la planète. Je n’en déduis surtout pas qu’un spécialiste est une machine qui ne peut se tromper, ni qu’il faut suivre l’avis des gourous de ceci ou des grands saï-saï de cela sans y avoir réfléchi par soi-même. Simplement, force est de reconnaître que, dans son domaine d’expertise, un spécialiste a plus souvent raison que le commun des mortels.

    Sans aucun doute, le bon sens est une chose formidable, qui permet plein de choses. Mais, d’une part, rien n’indique que celui qui y fait référence en soit plus doté que l’expert en question, qui a, lui aussi, un vécu, une expérience et cette sorte de chose, et, d’autre part, la technique et l’apprentissage permettent quand même d’aller beaucoup plus vite que juste en réfléchissant avec son bon sens.

    Maintenant chacun fait comme il veut, mais moi quand il s’agit d’économie j’écoute avec attention les économistes, quand il s’agit de football, je donne de la valeur aux dires des entraîneurs professionnels et pour me faire opérer, je vais voir un chirurgien. N.B : A titre informatif, ledit Boris Vian n’avait rien de particulier contres les « pauvres traducteurs », d’autant moins qu’il faisait partie de cette confrérie de traîtres.

    (1) reacties

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    ah Vian...un de mes auteurs préférés ;-)La fin de l'Ecume des jours  continue de me poser problème d'ailleurs.
    Continue ,tu es sur la bonne voie pour stylistiquement concurrencer Proust
    En plus fun s'entend (oui moi aussi j'use et abuse de jeunisme)
    see ya
    29 Jan.

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